Notre-Dame des Grâces à Gignac

L'église de Notre-Dame-des-Grâces est bâtie sur un monticule couronné d'une langue de rocher dur et caillouteux, remarquable par sa forme étroite et très allongée.

C'est sur ce point que fut bâtie en 1365, une simple chapelle dédiée à la vierge miraculeuse. Elle fut terminée en 1372. Elle fut construite avec les dons et offrandes des fidèles et sous la direction des consuls de la cité. Sicard d'Ambres de Lautrec, évêque de Béziers (1371-1383) accorde aux consuls l'autorisation d'y célébrer le service divin par tels prêtres qu'ils voudraient. Notre-Dame fut rapidement un des sanctuaires les plus beaux, les plus fréquentés et les plus vénérés de la région. Elle fut démolie en 1573 par les protestants. En 1578, les consuls firent réédifier ce monument sur un plan plus grandiose. L'édifice fut entièrement rebâti en 1583. Cette nouvelle église fut desservie jusqu'en 1610 par des ecclésiastiques payés par les consuls. Comme le service ne s'y faisait pas convenablement, les consuls décidèrent d'installer des Pères Récollets du tiers ordre de saint François le 3 février 1613. Cette décision fut approuvée par l'évêque de Béziers Jean de Bonzi et par le connétable Henri de Montmorency gouverneur de la province.

 
Le 10 février 1613, les pères Basile, Garcin de Carpentras, Martin Comet et Caromb, prirent possession du lieu. Ils plantèrent solennellement une croix devant le portail de l'église. Après leur installation, les pères s'occupèrent activement de la construction de leur couvent. En 1621, les protestants s'emparèrent de la ville et de la citadelle. Plus de quatre cent famille catholiques furent chassées de la ville. Le couvent fut pris par l'armée du duc de Rohan venu avec 3000 hommes, une batterie de canons et force munitions. Il fut saccagé de fond en comble. Les protestants rasèrent jusqu'à la dernière pierre tout ce qui fut épargné par le feu. Louis XIII reprit la ville en 1622 et fit raser une partie de ses fortifications.

En 1629, le roi accorda aux Recollets une somme de cinquante mille livres sur les biens de s protestants de Gignac, de Montpellier, de Nîmes, de Lunel, de Montagnac et autres lieux. Les Recollets en réalité ne perçurent qu'une somme de douze mille livres. Le roi accorda aux Recollets l'autorisation de prendre des matériaux sur la démolition du temple et de la citadelle

La reconstruction de l'église fut achevée en 1623, date inscrite derrière le maître-autel dans l'ancien oratoire : "Fundatio terna MDCXXIII" "Troisième fondation, 1623".

La légende :

Le chevalier Antoine de Laurès et les Pères Recollets affirment qu'il y avait en ce lieu, anciennement une chapelle dédiée à la mère de Dieu qui servait d'oratoire à des ermites. Le pèlerinage des ermites était fixé le 8 septembre. Selon le témoignage de ces auteurs, la chapelle était un temple païen qui était dédié à la déesse Vesta.

Vers le deuxième siècle de notre ère ce monument aurait été christianisé. Cette église aurait porté le nom de chapelle des ermites jusqu'à sa destruction par les Albigeois en 1209. En 1360, l'évêque de Béziers, Hugues de la Judie (1349-1371) serait venu en tournée pastorale. On raconta à l'évêque des phénomènes extraordinaires qui se seraient produits sur les ruines de l'ancienne chapelle. On y avait vu surtout des croix étincelantes qui brillaient dans les airs au milieu de la nuit. L'évêque planta de ses mains une croix de bois dans une grosse pierre forte et dure de forme cylindrique qu'il fit placer sur l'emplacement même de l'antique chapelle et il la bénit. Dès que cette croix fut élevée, le phénomène cessa.

Quelques temps après, un aveugle, muet de naissance se mit à creuser de ses mains, dans les ruines, au pied de la croix. Il ne tarda pas à toucher un petit corps dur qu'il sentit être celui qu'il cherchait. Après avoir embrassé la statue, l'aveugle muet parle et voit. C'était une petite statue de la vierge. La pierre et la petite statue sont actuellement dans la chapelle dite des miracles.

Le site de Notre-Dame-des-Grâces doit sa beauté à son chemin de croix constitué de quatorze chapelles qui rappellent les différents épisodes de la passion. Les stations furent d'abord au nombre de sept puis furent doublées au XVIIIe siècle. C'est en 1874 que ces chapelles prirent leurs formes actuelles. Certaines toitures en ciment de ces édifices sont dues à des restaurations.

La pierre miraculeuse :

Au-dessous de la chapelle des miracles se trouve une excavation taillée dans le roc, d'où suinte une eau vive et fraîche à laquelle on attribue des vertus bienfaisantes. Dans l'épaisseur du mur qui fait face à l'entrée de la chapelle, on aperçoit une grosse pierre circulaire percée d'un trou de dix centimètres de diamètres dans son milieu. C'est dans cette pierre que fut fixée la croix de l'évêque de Béziers. Cette pierre, de nature granitique, laisse suinter une matière onctueuse à laquelle on attribue la vertu de guérir les problèmes d'yeux. Au-dessous de cette pierre est une petite niche grillée qui reçoit la petite vierge miraculeuse trouvée par l'aveugle muet.

Le sanctuaire de Notre-Dame-des-Grâces.

 

Par la suite fut installé un couvent qui fut reconstruit pendant la contre-réforme en 1629. Il fut une propriété des Recollets jusqu'en 1792. Il est aujourd'hui occupé par les religieuses du Carmel de Saint Joseph.

Notre-Dame des Grâces fut surtout célèbre pour ses pèlerinages du 15 août (Assomption) et du 8 septembre (Naissance de la Vierge).

La façade de l'église est d'une composition inhabituelle pour la région. Elle ressemble plus à un édifice italien. Ordonnée en trois niveaux et quatre travées rythmées par des pilastres. La hauteur du premier niveau atteint presque la moitié de l'élévation totale, avec une seule ouverture en arc plein cintre très large.

 

La colonne centrale fut placée en 1776 parce qu'un affaissement du terrain menaçait dangereusement la façade.

Le second niveau est constitué de quatre fenêtres aménagées sous des arcades en plein cintre, cantonnées de balustres.

 

Le troisième niveau est percé de quatre fenêtres également cantonnées de pilastres. Il est surmonté d'une corniche et d'un pignon surmonté d'un petit clocher mur.

L'intérieur est blanc. La nef à quatre travées et le chœur sont couverts par des voûtes en croisée d'ogive. Elle est entourée par de larges tribunes protégées par une balustrade.

Un retable du XVIIe siècle en bois peint dans la chapelle des miracles présente des colonnes torses enlacées par une vigne dorée qui monte vers le ciel remarquable ; Cette partie concave qui épouse la forme de la voûte et couronne le retable est fréquente dans le Midi de la France et notamment en Provence. Dans ce ciel s'agitent des angelots grassouillets faisant la ronde.

Les devants d'autel en stuc polychrome portent la marque de l'influence italienne. Le tableau représentant saint Thomas est du XVIIIe siècle.

Le couvent est un superbe établissement. Au milieu se trouve le cloître. Au sud est le parloir et la loge du portier.

Après la Révolution, les Recollets furent dispersés. Le couvent resta inhabité depuis 1792 jusqu'en 1827 où la municipalité voulut transformer le bâtiment en hôpital. Les religieuses du Carmel de Saint-Joseph y furent installées. Les frères Fabre, prêtres créèrent là un collège libre sous le nom de pensionnat de Notre-Dame. Après sept années d'exercice, la santé de son directeur s'étant affaiblie, les frères Fabre cédèrent leur établissement à MM. Mestre et Mazet anciens professeurs du pensionnat le 28 octobre 1862 jusqu'en 1872 où ils furent remplacés par MM. Bonnel et Griboul. Par la suite fut établie en cet endroit l'école laïque.

 

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