La Renaissance marque un grand tournant dans l'histoire de la Médecine. Renonçant en la croyance aveugle dans les écrits des anciens, les nouveaux médecins s'orientent désormais vers l'observation directe de la nature. Les Précurseurs, Rondelet et ses disciples Guillaume Rondelet (1507-1566) : À Montpellier, le grand artisan de cette révolution sera sans conteste Guillaume Rondelet, régent de l'Université de Médecine en 1545, chancelier en 1556. Figure truculente, immortalisée sous le nom de Rondilibis par son camarade d'études François Rabelais, il saura faire partager son enthousiasme à ses élèves, à tel point que certains d'entre eux, venus à Montpellier avec l'intention de se former dans l'art de guérir, s'en retourneront avec une vocation ardente de naturaliste. Rondelet laissera après lui de nombreux et importants ouvrages d'histoire naturelle, dont sa volumineuse et passionnante Histoire des Poissons, publiée en 1584. Il s'agit d'un véritable traité où sont inventoriés, suivant un ordre logique, l'ensemble des organismes vivant dans les eaux douces ou salées : Poissons, Crustacés, Gastéropodes, Grenouilles, Crocodiles et même Hippopotames ! Cet exemple incitera deux de ses disciples directs Pierre Belon et Conrad Gesner et plus tard Antoine Gouan et Pierre-Marie-Auguste Broussonet, à publier de semblables ouvrages. Fils d'un marchand d'aromates de la rue des Balances, Jean, et de son épouse Renaude Moncel, Guillaume Rondelet est né à Montpellier le 27 septembre 1507 dans une famille qui compte plusieurs épiciers ou apothicaires. Immatriculé à l'Université de médecine le 2 juin 1525, il est reçu bachelier le 3 mai 1531. Il part alors faire un long stage pratique à Pertuis dans le Vaucluse puis se rend à Paris pour y perfectionner sa culture générale. C'est alors qu'il étudie le grec avec ardeur. Gonthier d'Andernarch qu'il a rencontré lui communique sa passion pour l'anatomie. Après un nouveau stage pratique, cette fois à Maringue dans le Puy-de-Dôme, il achève ses examens, devenant licencié et docteur en 1537. Dès 1539, il figure sur les programmes de cours de l'université. À la mort de Pierre Laurens, en 1545, il est désigné pour le remplacer. C'est le début d'une brillante carrière médicale, interrompue un moment pour suivre le cardinal de Tournon nommé ambassadeur du roi de France, ce qui amène Guillaume Rondelet à effectuer plusieurs missions diplomatiques dans le royaume et à l'étranger, notamment en Hollande et en Italie. C'est au cours d'un séjour de 13 mois à Rome, qu'il fait la connaissance d'Ulysse Aldrovande. Il séjourna encore un certain temps dans différentes villes italiennes, notamment à Venise et revint à Montpellier le 24 juin 1551. À la mort de Schyron, Rondelet est nommé par ses pairs chancelier de l'Université de médecine à la date du 15 novembre 1556. Il déploie dans ses fonctions une grande activité, faisant confirmer les privilèges de l'école par Henri II et par Charles IX tout en obtenant d'importantes lettres patentes (1564). L'une d'elles rappelle que les régences doivent être pourvues au concours, confirmant ainsi l'arrêt du Parlement de Toulouse de 1547 souvent oublié. Une autre limite les pouvoirs de l'évêque dans ces disputes, ne lui reconnaissant plus qu'une voix et le droit d'investir le nouveau promu. Une dernière lettre porte enfin les gages des maîtres à 400 livres. La passion de Guillaume Rondelet pour l'anatomie le conduisit à faire édifier un amphithéâtre, le premier construit en France, qui fut inauguré en 1556. Il fera des prouesses pour pallier la rareté des cadavres mis à sa disposition par la Justice, sans aller toutefois, comme Félix Platter et ses camarades, jusqu'à déterrer des défunts fraîchement ensevelis. Avide de déterminisme pathogénique, il procédera lui-même à l'autopsie de son ami le chirurgien Michel Héroard, de l'un de ses fils mort-né, de sa belle-sœur et même de sa première épouse. On rapporte qu'il se rendit au chevet de son collègue François Fontanon, lui aussi naturaliste, pour lui demander la permission de pratiquer son autopsie. Il profitera enfin de la naissance de jumeaux pour porter les placentas à l'amphithéâtre où ils seront disséqués devant les étudiants ! En botanique, l'œuvre de Rondelet sera plus modeste, simplement intégrée à l'un des ouvrages de son élève Matthias de Lobel. Dans ce domaine, il fera figure de précurseur en conduisant des herborisations dans les garrigues montpelliéraines, les Cévennes et les Pyrénées. Son ami, le sulfureux évêque Guillaume Pellicier, passionné comme lui de " Science aimable ", l'accompagnera souvent sur le terrain. Rondelet prendra l'initiative de créer un premier jardin botanique, sous la forme d'un Hortulus, installé intra-muros dans la cour intérieure de l'antique École de Médecine. Certes, la surface dont il disposait était modeste mais l'enseignement dispensé par le Maître était remarquable en tout point, d'autant qu'il était complété par des démonstrations d'herbiers, fait exceptionnel pour l'époque. En l593, la création du Jardin du Roi par Pierre Richer de Belleval, entraînera l'abandon de l'Hortulus. Toutefois, en 1622, au cours du siège de Montpellier où le grand Jardin connaîtra les ravages des guerres de religion, c'est dans l'ancien jardin que seront entreposés, vaille que vaille, les simples les plus précieux. Sa renommée le faisait souvent appeler hors de Montpellier et il voyageait beaucoup pour défendre les intérêts de l'école. C'est au cours d'un des déplacements à Toulouse qu'il tomba malade. Il mourut sur le chemin du retour à Réalmont dans le Tarn le 30 juillet 1566, assisté par son ami Claude Formy, médecin, mais aussi ministre de la parole de Dieu car il s'était converti au protestantisme dont il fut un des premiers chefs à Montpellier. Il avait épousé en premières noces Jeanne Sandre, originaire de Montpellier, qui mourut en 1560 et s'était remarié aussitôt après avec Typhanie de La Croix, de Nîmes (1560). De ces mariages naquirent plusieurs enfants dont aucun n'exerça la médecine. Par contre une de ses filles, Catherine épousa le docteur Jacques Salomon d'Assas. Rondelet a laissé une œuvre considérable qui embrasse toutes les parties de la médecine. Maître incontesté de la plupart des grands botanistes de son temps, il amena plusieurs d'entre eux à suivre son exemple en zoologie. Ainsi, durant ses 21 ans d'enseignement ex cathedra, Rondelet verra défiler la plupart des futurs grands naturalistes de son temps, attirés autant par sa renommée que par le prestige de l'Université médicale. Mis à part Symphorien Champier, à la fois anatomiste et botaniste, dont le séjour à Montpellier se situe aux environs de 1495, les noms qui suivent sont ceux de médecins, disciples directs de Rondelet : · - François Fontanon, immatriculé à l'Université le 26 mars 1539 · - Jacques Dalechamp .................... ler décembre 1545 · - Jean Molinus ........................... 16 octobre 1548 · - Jacques Salamon d'Assas ............... 23 octobre 1548 · - Charles de l'Ecluse (Clusius) .......... 13 octobre 1551 · - Félix Platter .......................... 4 novembre 1552 · - Gaspard Wolf .............................. 21 juin 1555 · - Jacques Utenhoven ...................... 17 février 1557 · -Jérôme Montuus .............................. 2 juin 1558 · - Léonard Rauwolf ....................... 22 novembre 1560 · -Jean Bauhin ............................. 20 octobre 1561 · - Pierre Pena .............................. 10 avril 1565 · - Matthias de Lobel (Lobelius) .............. 22 mai 1565 - Jean-Antoine Sarrasin (Sarracenius) ..... 8 octobre 1565 À ces botanistes prestigieux, il convient d'ajouter ceux qui vinrent à Montpellier pour y étudier l'histoire naturelle sensu stricto, sans pour autant être immatriculés : · - Conrad Gesner vers 1540 · - Pierre Belon vers 1553. Ce dernier logera même chez le Maître. Tous deux laisseront de très belles encyclopédies illustrées. La mort de Rondelet, en 1566, n'arrêtera pas l'afflux de nouveaux étudiants mais en moins grand nombre, ce qui met en lumière mieux encore, le charisme du grand savant : · - Melchior Sebizius... immatriculé le ler août 1566 · - Gaspard Bauhin....................... 18 mai 1579 · -Jean-Henri Cherler................ 9 novembre 1594 Gaspard Bauhin était le jeune frère de Jean, et Cherler le gendre de ce dernier. Tous trois collaboreront à la rédaction d'ouvrages ainsi qu'à la publication de l'œuvre de Dalechamp. Revenus dans leur pays, tout imprégnés de l'Alma mater, nombre de ces savants s'attaqueront à l'inventaire des flores locales. Leurs écrits seront généralement accompagnés de nombreuses planches, reproduites à l'envie tant elles seront précises et instructives. Les années passant, certains élargiront le cadre de leurs recherches en s'intéressant aux espèces exotiques rapportées d'Afrique, du Moyen-Orient ou des Amériques. Plusieurs n'hésiteront pas à entreprendre de longs voyages afin d'étudier in natura les faunes et les flores lointaines : en Grèce, en Asie mineure, en Syrie, en Égypte, en Palestine, en Arménie et en Mésopotamie. Ce sera le cas de Belon et de Rauwolf. Par delà le tombeau, le " miracle Rondelet " s'exerçait toujours, en cette fin du XVIe siècle ! Mais rapidement, ce fantastique travail de recensement devait permettre aux nouveaux naturalistes d'entreprendre le classement hiérarchique des espèces, amorçant ainsi les travaux des siècles suivants. Dans ce domaine, Gesner ouvrira la voie à la Taxonomie, mais ce sera surtout Gaspard Bauhin qui s'y illustrera avec son Pinax theatri botanici longtemps considéré, par les botanistes officiels, comme un ouvrage de référence; et jusqu'à Jean-Jacques Rousseau qui en fera encore l'éloge, près de deux siècles plus tard. Au demeurant, l'impulsion donnée par Rondelet ne s'arrêtera pas avec le déclin de la Renaissance. Les chercheurs extérieurs continueront à se rendre à Montpellier pour y étudier la Botanique, qu'elle soit médicale, systématique, géographique ou écologique. Les Joseph Pitton de Tournefort, Augustin-Pyramus De Candolle, Alire Raffeneau-Delile, Charles-Frédéric Martins, Josias Braun-Blanquet, Charles Flahault en feront partie. Thomas Platter II Au commencement, le père, Thomas Platter, dit le Vieux (1499-1582), petit berger misérable du Valais qui va tenter sa chance comme mendiant itinérant dans une partie de l'Europe germanique puis à Bâle. Il y est ouvrier cordier et bientôt devient un authentique intellectuel sur le mode humaniste : l'ancien illettré est un professeur renommé de latin, de grec, d'hébreu. Mieux encore, il s'établit comme patron imprimeur dans une ville très tôt et largement (mais avec modération) passée à la Réforme : c'est de ses presses que sortira la première édition latine de l'Institution chrétienne de Calvin en 1536. Assez à l'aise pour acquérir un domaine à la campagne, il peut aussi payer à son fils (né en 1536) des études de médecine à Montpellier, université très réputée en ce domaine, et lui offrit une pérégrination (à cheval, alors que lui-même circulait à pied dans sa jeunesse) en France et dans certaines contrées circonvoisines - une sorte de voyage initiatique. Investissement judicieux : Félix Platter, " médecin de ville " à Bâle, brûle les étapes. Félix Platter Félix Platter est né à Bâle en octobre 1536, mort le 28 juillet 1614. Il fit la plus grande partie de ses études médicales à la faculté languedocienne tant renommée. Il séjourna à Montpellier du 30 octobre 1552 au 27 février 1557. Grand observateur des hommes et des choses, il tenait un journal, qu'il rédigea plus tard en autobiographie. Dans ce texte, il raconte avec beaucoup de précision et de vivacité tout ce qu'il a vu et vécu, à Montpellier. Il parle des cours à l'Université, d'opérations chirurgicales et de dissections clandestines, des cérémonies universitaires et d'une révolte des étudiants contre la négligence des professeurs, de fêtes et d'excursions au bord de la mer ou à la campagne. Platter décrit des procédés agricoles et artisanaux nouveaux pour lui avec la même objectivité qu'il adopte pour faire le récit du supplice de deux protestants brûlés par les autorités catholiques (quoique protestant lui aussi, il jouissait, en tant qu'étudiant étranger, d'une tolérance refusée aux sujets du roi de France). Dans l'officine de son hôte, le pharmacien Laurent Catelan, Platter s'exerçait à la préparation des médicaments et il lisait, avec son maître, qui était marrane, l'ancien testament. Il assista même à un évènement qui aurait pu perdre Catelan, eut-il été connu plus largement : " Le 22 avril [1553], la femme du vieux Catelan fit ses couches. Elle [...] accoucha dans la salle à manger derrière un rideau. Elle mit au monde un fils, que l'on nomma Laurent, et qui fut secrètement circoncis et baptisé selon leur coutume ". Les marranes catholiques par la force des circonstances, gardaient une secrète loyauté envers la religion de leurs ancêtres juifs. Du récit de Félix Platter, il ressort que malgré tout, ses années montpelliéraines furent les plus joyeuses de sa vie. Le cœur serré, il quitta ses hôtes, ses amis et la ville. Peu après son retour à Bâle, sa ville natale, Félix Platter obtint le grade de docteur en médecine le 20 septembre 1557 et se maria avec Madeleine Jeckelmann, fille de chirurgien. Sa Carrière fut brillante : à l'âge de 34 ans, il fut nommé professeur en médecine pratique à l'Université et archiatre (médecin municipal) à la ville de Bâle. On venait de loin pour consulter le fameux médecin, écouter son enseignement ou admirer les curiosités et les plantes rares qu'il avait rassemblées dans sa maison et son jardin. Rien ne laissait plus penser aux origines très modestes de sa famille et aux débuts difficiles de son père Thomas. Le mariage de Félix Platter et de madeleine Jeckelmann fut harmonieux quoique sans enfants. Mais comme Platter père se maria une seconde fois à l'âge de 73 ans ou presque et engendra encore six enfants, Félix prit en charge son jeune demi-frère Thomas (1574-1628) à qui il fit étudier la médecine à Bâle et naturellement à Montpellier entre 1595 et 1597. Thomas Platter le jeune devint à son tour professeur de médecine et archiatre à Bâle, mais c'était un esprit de moindre envergure que Félix bien qu'il ait laissé une œuvre importante. Tardivement, Platter commence à publier. Lors de l'apparition de son premier livre, un traité d'anatomie et de Physiologie (1583), il à 47 ans. Illustré de 50 planches d'après Vésale, ce manuel de peu d'originalité contient pourtant une précision d'une grande importance sur le fond de l'œil. En effet Félix Platter est le premier auteur qui ait attribué la sensibilité visuelle à la rétine et non plus au cristallin, comme les savants anciens et médiévaux. L'œuvre principale de Platter est sa Praxis medica, un traité systématique en trois volumes publiés entre 1602 et 1608. Platter y donne les définitions de toutes les maladies non traumatiques, il explique leur cause, leur traitement. Mais la forme adoptée s'écarte nettement du schéma traditionnel, qui présente tous nos maux a capite ad calcem de la tête aux talons. Platter au contraire groupe les maladies selon des critères symptomatologiques : 1) désordres des différentes fonctions, 2) douleurs et fièvres, 3) altérations morphologiques. Et en première place parmi les laesiones functionum, Platter étudie les désordres psychiques ; dans l'histoire de la psychiatrie clinique, c'est un texte important d'une conception originale. Mais la dernière des œuvres de Platter qui met le mieux en relief ses talents d'observateur et d'écrivain : les observationes publiées en 1614, l'année même de sa mort. En reprenant la présentation de la Praxis médica, ce volume donne une rétrospective impressionnante de l'expérience médicale de son auteur. On y trouve des descriptions tout à fait remarquables et uniques. Signalons en particulier les observations de troubles mentaux et de quelques maladies infectieuses (syphilis, peste, lèpre vraie ou prétendue), les investigations médico-juridiques et les recherches anatomo-pathologiques. Jamais Platter ne limite sa description à l'aspect strictement médical ; toujours il nous montre les malades dans leurs conditions de vie, dans leur entourage social. Ainsi les Observations de Platter sont-elles une source précieuse pour l'étude de la vie quotidienne et des mentalités de l'époque. Félix Platter et la peste S'il est une maladie qui, par sa gravité et sa fréquence, a préoccupé Félix Platter plus que tout autre, c'est la peste bubonique. Au cours de cinq épidémies, il a soigné ses concitoyens sans échapper lui-même à l'infection restée heureusement légère. Lors de la dernière épidémie (1610-1611), il prit l'initiative sans précédent de consigner, maison par maison, ménage par ménage, les malades atteints de la peste, les morts, les guéris. Nous savons ainsi que sur 6 408 pestiférés, 3 968 meurent, soit 62 % ; la population de Bâle étant estimée avant cette épidémie, à 12 000 personnes, le tiers environ a disparu au cours d'une seule année ! Médecin circonspect et prudent, Platter note d'ailleurs que ceux auxquels on n'administra pas le traitement souverain de la saignée avaient plus de chance de survivre que les malades traités activement. Le voilà professeur de médecine, doyen recteur, auteur de livres médicaux et de physique, nouant des liens avec le réformateur David Joris comme avec Montaigne. Il épouse la fille d'un grand chirurgien bâlois. Le praticien est à présent un patricien. L'histoire ne s'arrête pas là. Sur le tard, à près de soixante-dix ans, en 1574, Thomas a d'une seconde femme, un autre fils, (prénommé Thomas également), qui représente en quelque sorte la troisième génération - il sera élevé en partie par son aîné. Thomas II lui aussi voyage, lui aussi embrasse la carrière médicale, lui aussi racontera certains épisodes de sa vie. À eux trois, les Platter traversent en tous sens le temps et l'espace de l'Europe de la Renaissance, de la Réforme et du Baroque. Leurs souvenirs et les informations recueillies par ailleurs jettent sur leurs personnalités et sur le monde dans lequel il se meuvent une lumière incomparable. Acteurs et bénéficiaires d'une ascension sociale remarquable (le mendiant a fait de son fils un grand professeur et un médecin des princes), nés dans l'Europe rhénane (l'un des foyers les plus novateurs de la civilisation du temps), voyageurs, écrivains, collectionneurs, ces protestants répondent pleinement au portrait de l'homme de la première époque moderne.
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